L’année 2026 s’ouvre sur la 50e vacation Aguttes pensée pour mettre en lumière l’art moderne asiatique. Il s’agit dont de célébrer l’importance des mises à jour artistiques révélées depuis près de douze ans par notre expert, Charlotte Aguttes-Reynier, et qui ont permis l’éclosion du marché international de l’art moderne vietnamien. Dans certains cercles avertis, il est heureux d’entendre aujourd’hui les signatures suivantes résonner : Nguyễn Gia Trí, Tô Ngọc Vân, Nguyễn Tường Lân, Trần Văn Cẩn, Hoàng Tích Chù, Phạm Quang Hậu, Lê Phổ, Lê Thi Luu, Lê Văn Dệ, Vũ Cao Đàm, Victor Tardieu, Nguyễn Phan Chánh, Nam Sơn, Mai Trung Thu, Lương Xuân Nhị

Le catalogue de cette 50e vente, annoncée pour le 26 février prochain, présentera nos dernières découvertes, travaux inédits des grands maîtres de la peinture moderne vietnamienne, et en particulier ceux formés entre 1925 et 1945 à l’âge d’or de l’École des beaux-arts de l’Indochine. Nous recherchons en permanence pour nos ventes des œuvres témoignant du talent de ces peintres qui évoluèrent, entre Orient et Occident, au début du XXe siècle. Chaque découverte permet depuis 2014 à Charlotte Aguttes-Reynier de révéler une part d’histoire trop longtemps négligée. Soucieuse de documenter le parcours de ces artistes à la lumière des œuvres qui apparaissent, elle saisit chaque opportunité pour révéler et renforcer la connaissance scientifique grâce à des publications, rencontres et expositions.

Mai Trung Thứ (1906-1980)

Dès 1931, sous l'impulsion de Victor Tardieu qui l'expose à l'occasion de la magistrale Exposition Coloniale organisée à Vincennes, Mai Trung Thứ se fait connaître en France. Au cours des années suivantes, de retour en Indochine, il envoie ses travaux à diverses expositions à Paris, Rome, Hué, et à Hanoï. Nombre de ses œuvres, réalisées alors qu'il enseigne le dessin à Hué, représentent un même modèle, une très belle jeune fille au visage grave dont il va s'éprendre, Mademoiselle Phuong.

Lê Phổ (1907-2001)

Fort d’une formation pluridisciplinaire d’excellence, qu’il reçoit à Hanoï à l’École des beaux-arts de l’Indochine, l’artiste Lê Phổ se repose sur les enseignements en arts décoratifs de Joseph Inguimberty pour seconder Victor Tardieu, directeur artistique à l’Exposition coloniale de 1931. C’est sous la direction de ce dernier qu’il décore le Salon de la Sadeai de 1936 puis l’Exposition Universelle de 1937 à Paris.

Diplômé en 1930, il s’illustre comme peintre et dessinateur et fait progressivement de l’huile son médium favori.

Seuls quelques très rares privilégiés - tels la famille du Gouverneur Général Tholance ou encore le Prince Bửu Lộc - accèdent aux créations de Lê Phổ comme décorateur d’intérieur et bénéficient de son goût très sûr dans des projets de paravents, de sièges, ou autre mobilier. La vente [50] sera l’occasion de célébrer cette facette peu connue de ce grand artiste. Elle permettra la transmission d’éléments de décor étonnants conçus par l’artiste pour l’un de ses proches à Paris. Cette commande unique et totalement inédite sera très bientôt révélée au public. Puis, le 26 février prochain, l’amateur d’art qui sera assez audacieux pour se révéler heureux futur adjudicataire intègrera alors le club très fermé des collectionneurs qui vivent dans un décor de Lê Phổ.ti.

Riche de ses expositions avec Romanet, Lê Phổ est approché par le galeriste Wally Findlay qui souhaite lui commander de nombreuses toiles pour le public américain en 1963. Cette collaboration marque un tournant décisif : les formats s’agrandissent et la palette devient plus chatoyante, dans un dialogue assumé avec l’œuvre de Matisse, que Lê Phổ admirait profondément.

Une énergie nouvelle traverse alors sa peinture, et La Lecture illustre pleinement cette transition vers la dernière période de maturité de l’artiste. Lê Phổ y développe une composition élaborée, mêlant portrait, nature morte et paysage. Fidèle à ses appétences, celui que l’on surnomme le « peintre des femmes » articule la scène autour d’un bouquet central, entouré de quatre figures féminines. La richesse de la palette, la profusion des détails et l’équilibre de la composition confèrent à cette œuvre une atmosphère calme et poétique.


Autre témoin de cette pluridisciplinarité,Baigneusesillustre la quête constante d’harmonie de Lê Phổ entre héritage vietnamien et influence occidentale. Notre composition, datée 1947, est dessinée dans une veine qui n’est pas sans rappeler les figures capturées par Paul Gauguin à Tahiti.

À partir de la fin des années 1950, l’artiste fait des compositions florales l’un de ses sujets de prédilection, tout en privilégiant un médium davantage occidental : l’huile sur toile. A travers la représentation de ce bouquet, se révèle la maîtrise et la créativité du peintre dans l’art de la composition.

Il est intéressant de remarquer que l’œuvre Et l’or de leurs corps, peinte par Gauguin en 1901, intègre à Paris en 1944 les collections du Musée du Louvre avant d’y être exposée en 1945, puis présentée à nouveau aux Tuileries en 1947. Connaissant la curiosité artistique et le goût pour les musées du peintre Lê Phổ, alors parisien, il serait étonnant que le sujet de notre dessin, qu’il livre en 1947, ne soit qu’une coïncidence…

À partir de la fin des années 1950, l’artiste fait des compositions florales l’un de ses sujets de prédilection, tout en privilégiant un médium davantage occidental : l’huile sur toile. A travers la représentation de ce bouquet, se révèle la maîtrise et la créativité du peintre dans l’art de la composition.

Mai Trung Thứ (1906-1980)

Camarade de classe de Lê Phổ, Mai Thứ s’installe à Paris en 1937 et se consacre à la représentation d’un Vietnam idéalisé qui célèbre la beauté féminine dans sa simplicité. Les expositions qu’il donne au début des années 1940 lui permettent de livrer ses œuvres les plus sensibles. Jeune fille, datée 1941, représente une jeune femme raffinée. Parée de bijoux discrets et d’un áo dài élégant, elle apparait songeuse, tenant dans sa main une fleur d’orchidée.

Vũ Cao Đàm (1908-2000)

Cette composition de jeunesse illustre une période de transition dans la carrière de l’artiste Vũ Cao Đàm, major en 1931 de l’École des beaux-arts de l’Indochine avec la spécialité sculpture. À partir de 1940, les contraintes économiques liées à la seconde guerre rendent très difficile la fonte du bronze en France et l’incitent à revenir vers la peinture sur soie, support exigeant ne permettant aucun repentir et dont il a acquis une parfaite maitrise lors de sa formation à Hanoï. L’œuvre représente des fleurs de pavot, traditionnellement associées au sommeil, à la paix et à la renaissance. Au Vietnam, et plus particulièrement en Cochinchine au XIXe siècle, le pavot est également associé au commerce de l’opium, conférant à ses fleurs une portée à la fois historique et symbolique.


Cette vente sera également une opportunité pour mettre en lumière les travaux d’artistes chinois actifs à Paris an début du XXe siècle, tel Sanyu par exemple.

Vente [50] Peintres d'Asie : Chine & Vietnam
Jeudi 26 février 2026 à 14h30
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Visites guidées par l’expert, sur inscription, les mercredi 18 février, vendredi 20 février et lundi 23 février à 11h :

Expositions publiques : du lundi 16 au mercredi 25 février de 14h à 17h30 (sauf le week-end)

Conférence - André Malraux dans les années 1920 à Phnom Penh : la rencontre avec Bernard Bourotte, érudit implanté au Cambodge également connu pour sa collaboration avec l’artiste Alix Aymé.
Un évènement du Club Transmission - Sur inscription, le 16 février 2026 à 18h30
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