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Cette 53e vacation du département dédiée à l'Art Moderne Asiatique apparaît comme un soutien de la part de Charlotte Aguttes-Reynier, expert, pour l’Œuvre d’artistes vietnamiens et chinois. En effet, ces générations méritent une reconnaissance accrue : leur redécouverte ces dernières années participe à un mouvement de valorisation croissant de l’art moderne asiatique dont l’intérêt ne cesse de croître, aussi bien du côté des collectionneurs que des institutions.

Nous recherchons en ce moment à compléter notre catalogue avec des œuvres témoignant du talent de ces peintres qui évoluèrent, entre Orient et Occident, au début du XXe siècle. 

D’une part, les artistes formés entre la Chine et l’Europe, tels Sanyu, Pan Yuliang…
Et également bien sûr, nous recherchons des œuvres portant les signatures suivantes : Nguyễn Gia Trí, Tô Ngọc Vân, Nguyễn Tường Lân, Trần Văn Cẩn, Hoàng Tích Chù, Phạm Quang Hậu, Lê Phổ, Lê Thi Luu, Lê Văn Dệ, Vũ Cao Đàm, Victor Tardieu, Nguyễn Phan Chánh, Nam Sơn, Mai Trung Thu, Lương Xuân Nhị…

Art moderne vietnamien

Les odalisques vietnamiennes de Mai Trung Thứ

Dans les années 1970, les actuels propriétaires achètent cette peinture de Mai Trung Thứ, à la galerie Moyon-Avenard, véritable institution nantaise depuis 1895. Aujourd'hui fermée, cette institution a représenté des artistes précurseurs tels Bernard Buffet, Georges Mathieu ou encore Yves Brayer. 

Cette avant-garde y côtoyait des artistes de l’École des beaux-arts de l’Indochine à l’instar de Mai Trung Thứ, introduit par Louise-Georgette Houguet et Alain Moyon, alors tous deux à la direction de l'établissement. 

Jusqu'en 2002, cette galerie familiale a accueilli quatre générations de marchands et présenté une longue succession d'expositions monographiques.

Entre féminité et raffinement, un Collier pour clé de lecture… 

Avec Le Collier, Vũ Cao Đàm reprend l’un des sujets les plus universels de l’Histoire de la peinture. En peintre érudit, il joue avec les codes et les symboles de l’iconographie traditionnelle de la Vierge à l’Enfant pour créer une image moderne et profondément vietnamienne de ce thème. 

S’appuyant sur le motif de la niche architecturale, chère aux grands maîtres de la Renaissance comme Botticelli, qui permet d’ouvrir sur un paysage, c’est avec le motif du collier qu'il fait ici preuve d’une grande originalité.  En cette année 1944, qui compte parmi ses plus grandes années pour son art, cette maitrise iconographique offre à Vũ Cao Đàm l’accès à une composition parfaite portée par une excellence dans le geste. 

Alors que les grands maîtres des XV et XVIème siècles représentèrent l’Enfant Jésus portant un collier de corail, dont la couleur rouge évoque le sang du Christ et annonce la Passion, Vũ Cao Đàm inverse les rôles et c’est à la mère de porter un collier de jade, symbole ultime de féminité et de raffinement dans la tradition vietnamienne. 

Le geste de l’enfant, qui s’en saisit, attire le regard. Il évoque ainsi la douceur et l’innocence caractéristiques de ce temps suspendu qu’est l’Enfance, loin de la gravité symbolique attachée au corail dans la tradition chrétienne. Ce collier devient alors la clé du tableau : il incarne ce dialogue entre Orient et Occident, démarche artistique et intellectuelle qui guidera l’artiste dans toute sa production. 

Lê Phổ : les derniers bouquets sur soie éclosent avant la période Findlay

Typiques de la période Romanet (circa 1946-1962), ces Jeunes femmes arrangeant un bouquet couronnent une décennie de renouvellement pour l’artiste. La composition, qui fait évoluer des figures autour d’un grand bouquet, sera longtemps reprise, notamment sur les formats de plus en plus grands de la période Findlay suivante. En 1963, l’Américain Wally Findlay lui propose un contrat quasi exclusif, qui ouvre à Lê Phổ le marché des États-Unis et le conduit vers des formats plus grands et la peinture à l’huile sur toile. L’œuvre appartient donc à la fin de sa production sur soie, où la gouache et l’huile prennent de plus en plus de place. 

Ce double portrait est vite éclipsé par ce qui semble être le véritable sujet : la préparation du bouquet, qui se déploie au centre du tableau. La femme du fond, pensive, semble absente tandis que l’autre saisit délicatement une gerbe. Aux couleurs fondues succèdent des contrastes marqués, une palette plus engagée héritée de Matisse et de Bonnard, soutenue par de puissants coups de pinceau. 

Caroline au jardin : une œuvre intime de Victor Tardieu avant l’Indochine 

Formé deux ans à l’École des Beaux-Arts de Lyon, Victor Tardieu choisit en 1899 de rejoindre l’Académie Julian à Paris. Il réintègre l’École des Beaux-Arts un an plus tard, grâce au soutien de Léon Bonnat. En 1902, son tableau Travail lui vaut le Premier Prix du Salon des artistes français, récompense qui lui permet de voyager à travers l’Europe.  
Il recevra en 1920 le Prix d’Indochine, avant de fonder l’École des Beaux-Arts d’Indochine à Hanoï, dont il sera le premier directeur : une institution qui marquera la naissance d’un art moderne vietnamien. 

Mais c’est une tout autre facette de son œuvre que révèle Caroline au jardin. Peinte en 1913, cette toile appartient aux débuts de sa carrière, alors que Tardieu, formé à l’académisme, s’approprie les leçons des maîtres modernes français. Le sujet est simple et intime : sa femme, Caroline, assoupie sur une chaise de jardin. Loin des grandes compositions de ses années de formation, l’artiste peint sur le vif, en plein air, d’une touche rapide et vibrante qui cherche à saisir l’instant, la lumière filtrée par le feuillage et l’abandon d’un moment de repos à la manière d’un impressionniste.

Nguyễn Gia Trí (1908-1993) : les dessins d’un maître de la laque 

À 20 ans, Nguyễn Gia Trí entre à l’École des beaux-arts de l’Indochine. Attiré très tôt par la laque, il est encouragé par Victor Tardieu à poursuivre sa formation dans l’atelier de laque ouvert par Joseph Inguimberty. Diplômé en 1936, il s’impose, par ses nombreuses expositions et la réputation de son atelier, comme le père de la laque moderne vietnamienne. 

Avant d’entreprendre une laque, Gia Trí fixe sur le papier graphisme, couleurs et composition. Le calque lui permettrait une grande précision et conserverait la spontanéité du trait lors du report sur la laque. Il applique cette méthode à ses œuvres abstraites comme figuratives. Ces études, véritables œuvres à part entière, sont aujourd’hui très recherchées. En 2018, pour le 110e anniversaire de sa naissance, le Musée des beaux-arts de Hanoï en a présenté 40, issues des collections du Musée des beaux-arts d’Hô Chi Minh-Ville. Leurs dimensions varient de 15 x 11 cm à 67 x 106 cm. Ces œuvres sont un beau témoignage de sa technique et de son talent de dessinateur, sans lequel il ne serait pas considéré comme « l’une des étoiles les plus brillantes de l’art moderne de la laque au Vietnam » pour reprendre les mots du critique Thái Bá Vân. 

Vente [53] en préparation | Art moderne asiatique : Chine & Vietnam

Exposition publique
Du jeudi 29 octobre au mercredi 4 novembre 2026, de 14h à 17h30 (excepté le week-end)
Visite guidée le lundi 2 novembre à 11h30
S'inscrire à la conférence

Vente aux enchères
Jeudi 5 novembre à 14h30

Une vente chaque trimestre en préparation : connaissez-vous la valeur de vos biens ? 

Profitez de l'avis gratuit et confidentiel de notre expert, Charlotte Aguttes-Reynier, leader historique sur ce domaine. 
reynier@aguttes.com
+ 33 6 63 58 21 82