La revue
DE LA MUSIQUE AVANT TOUTE CHOSE :
ADRIENNE DE ZUTTER AU VIOLON PAR GUSTAVE VAN DE WŒSTYNE
Gustave Van de Wœstyne (1881-1947) est l’un des membres fondateurs du premier groupe de Laethem St.Martin dont les participants, en réaction contre les facilités de l'impressionnisme, adoptent un art qui privilégie les contours nets et les sujets profonds. Formé à l'Académie des Beaux-Arts de Gand (1895-1899), Van de Wœstyne est durablement influencé par les primitifs flamands qu’il admire à Bruges en 1902. Sept ans plus tard, il quitte Laethem St.-Martin pour Louvain puis, en 1912, s’installe à Etterbeek (Bruxelles) puis à Tiegem. Au printemps suivant, il sillonne Florence et la Toscane en compagnie de son ami, le peintre Valerius De Saedeleer. Après l'éclatement de la Première Guerre mondiale, les familles Van de Wœstyne et De Saedeleer trouvent refuge aux Pays-Bas. Van de Wœstyne gagne ensuite la Grande-Bretagne pour y séjourner en différents lieux. D’abord au Pays de Galles, où les émigrés flamands constituent une phalange bien soudée, puis à Londres, dont il arpente les musées, et dans le Sussex. De retour en Belgique en 1919, il s’installe peu après à Waregem, en Flandre-Occidentale, dans la Rozenhuis (ou Maison des roses). Cette petite villa, édifiée en 1909, appartient à l’industriel du textile Charles De Zutter et à son épouse Marguerite Taelman. Le couple, féru d’art et philanthrope, fait de la Rozenhuis une résidence d’artistes et d’intellectuels. Adrienne De Zutter au violon a été peint en 1920. Cette grande toile fait partie des premières œuvres d’après-guerre de Van de Wœstyne avec La Famille au jardin (vers 1919) récemment acquis par le musée de Gand (MSK, inv. 2022-M).
Van de Wœstyne est l’un des portraitistes belges les plus brillants et les plus sensibles de son temps. S'en font l'écho les nombreuses effigies de sa femme ; de ses amis mais aussi des enfants de ses proches, comme Adrienne De Zutter, dont il livre deux images à un an d’intervalle. La première date de 1919 et décrit la jeune fille assise, en compagnie de son chien, avec une touche quasi-boldinienne et une palette nacrée (Anvers, KMSKA, inv. 2949). Un an après, avec Adrienne De Zutter au violon, il opte pour un faire lisse et une stylisation qui renouent avec le portrait de Valerius De Saedeleer peint en 1914 (coll. part.). Comme pour ce dernier, il brosse une image en pied et lui donne le format d’un portrait d’apparat : plus de 2 m de hauteur. Son violon à la main et sagement vêtue, Adrienne est figurée dans un paysage de conte de fée qui se compose de deux arbres à la silhouette gracile, peut-être des pins parasols, s’élevant de vallons stylisés, et d’une rose, digne du Petit Prince de Saint Exupéry, au premier plan à droite. Le haut du ciel est quant à lui simplement décrit au moyen d’une bande bleu roi à la manière des estampes d’Hiroshige. Ce paysage de facture naïve fait écho aux peintures du Douanier Rousseau pour lesquelles, comme nous l’apprend sa correspondance, Van de Wœstyne nourrit à ce moment-là une profonde admiration. C’est en revanche dans les fresques italiennes du Quattrocento, scrutées par l’artiste lors de son premier voyage à Florence en 1913, qu’il faut chercher l’origine de sa simplification des formes, ses coloris tempérés et son absence d’ombres - aussi bien que la matité de sa couche picturale - qui caractérisent notre toile. C’est d’ailleurs dans ces années-là que Van de Wœstyne s’essaie à l’art exigeant de la fresque, notamment pour le compte des De Zutter. Ainsi, pour la Rozenhuis, réalise-t-il en 1920 une décoration murale d’inspiration chrétienne, Héberger les voyageurs (Gand, MSK, inv. 1969-C), où il se met en scène, invitant un voyageur à pénétrer chez lui.
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Adrienne De Zutter à 15 ans devant la peinture Héberger les voyageurs. ©DR
Les liens entre les familles De Zutter et Van de Wœstyne datent d’avant la Grande Guerre. Au-delà de ces rapports amicaux, le couple joue un véritable rôle de mécène pour l’artiste comme il ressort du livret de la rétrospective Van de Wœstyne à Bruxelles (Palais des Beaux-Arts, 1929) dans lequel le nom des De Zutter est mentionné aux côtés de 18 œuvres. Dans une supplique inédite que le peintre adresse, le 5 février 1929, à Marguerite Taelman pour l’inciter à prêter ses œuvres après un premier refus, il indique d’ailleurs : « Sans vos tableaux je ne dois pas montrer ceux des autres collections parce que, vous le savez tout aussi bien que moi-même, les vôtres sont les meilleurs. » S’il est donc fort probable que le portrait d’Adrienne soit une commande des De Zutter, il est aussi loisible d’imaginer que Gustave fut touché par la beauté languide et pâle de son modèle, qui épousera le fils aîné de son frère Karel en 1929, et dont le canon évoque irrésistiblement les créatures féminines peintes par les préraphaélites qu’il a contemplées en Grande-Bretagne lors de son exil anglais.
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Charles De Zutter (1863 - 1928) et Marguerite Taelman (1875 - 1937). ©DR
Adrienne De Zutter au violon est le souvenir tangible des années fécondes que Gustave Van de Wœstyne a passées à la Rozenhuis de Waregem, années au cours desquelles l’artiste continue d’évoluer vers ce qu’il allait devenir : un peintre d’une profonde originalité qui, avant, pendant et après la Première Guerre mondiale, a été déterminant pour l’évolution de l’art moderne d’orientation internationale en Belgique.
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GUSTAVE VAN DE WŒSTYNE (1881-1947)
Adrienne De Zutter au violon, 1920
Huile sur toile
Signée en bas à gauche Dédicacée ‘À Adrienne De Zutter', signée des initiales et datée ‘1920' au dos
208 x 110 cm - 81 7/8 x 43 1/4 in.
PROVENANCE
- Collection du modèle, Adrienne De Zutter (1905 - 1989), future Madame Paul Van de Wœstyne (1905 - 1963), lui-même fils de l'écrivain Karel Van de Wœstyne (1878 - 1929) et neveu du peintre
- Collection particulière, Europe (par descendance aux propriétaires actuels, petits-enfants du modèle et arrières petits neveux du peintre)
BIBLIOGRAPHIE
Robert Hoozee et Cathérine Verleysen, Gustave Van de Wœstyne, cat. expo., Gent (Gand), Museum voor Schone Kunsten, 27 mars - 27 juin 2010, Bruxelles : Fonds Mercator, 2010, décrit et reproduit sous le n°78, p. 156 (daté par erreur ‘1922')
EXPOSITIONS:
- Gustave Van de Wœstyne, 1841 - 1947, Malines, Kultureel Centrum Mechelen, 1967 (titré Adrienne met de viool)
- Gustave Van de Wœstyne, Gand, Museum voor Schone Kunsten, 27 mars - 27 juin 2010, n° 78
ŒUVRE EN RAPPORT
Gustave Van de Wœstyne (1881 - 1947), Adrienne, 1919, huile sur toile, 108 x 98 cm, Anvers, KMSKA (inv. 2949)
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Vente à venir
Mercredi 13 mars 2024, 15h
Exposition publique
Samedi 9 mars : 11h - 18h
Lundi 11 et mardi 12 mars : 10h - 18h
Mercredi 13 mars : 10h - 13h
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