Du ras-de-cou au collier de chien : une histoire aristocratique
Après la Terreur, le ruban rouge noué autour du cou gagne une symbolique tragique pour les familles des guillotinés. Il faudra ainsi attendre la fin du XIXe siècle pour que le collier ne regagne ses lettres de noblesse au cou d’Alexandra de Danemark où, pour cacher sa cicatrice, il gagne en largeur, se pare de perles et devient le collier de chien. Naît alors une mode qui touche tant l’aristocratie que la bourgeoisie naissante : le collier de chien devient une référence et se porte aisément en ruban de velours noir agrémenté d’un camée à l’antique.
À l’avènement de l’Art nouveau, René Lalique, depuis considéré comme l’inventeur du bijou moderne, s’approprie le collier de chien, transforme le ruban en rangs de perles naturelles et y appose en son centre un important élément décoratif sur lequel il privilégie des associations inédites de techniques à l’instar de l’émail plique-à-jour juxtaposé à des matières précieuses : diamants, perles et or. C'est cet émail, appliqué dans des alvéoles métalliques sans fond, qui lui permet d'explorer toute la richesse des transparences et des nuances de couleurs. Son vocabulaire décoratif puise, quant à lui, largement dans le monde végétal, nourri par l’influence du japonisme et par son goût pour les formes sinueuses.
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René Lalique réinvente le collier de chien
À l’origine conçu comme le motif central d’un collier de chien, le bijou présenté lors de la prochaine vente du département Bijoux & Perles fines qui aura lieu le 29 octobre chez Aguttes, est monté en broche et offre une remarquable synthèse de l’esthétique de Lalique. La composition, organisée autour de branches et de feuilles d’aubépine, déploie un réseau végétal d’une grande finesse, animé par la fameuse ligne en coup de fouet, caractéristique de l’Art nouveau.
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Une broche à motif d’aubépine, emblématique de l’Art nouveau
L’émail plique-à-jour, travaillé dans un subtil camaïeu de verts, confère aux feuilles un aspect translucide presque organique, tandis que les diamants, sertis au cœur de la composition, évoquent les baies de l’arbre. L’or, laissé visible dans la structure du dessin, souligne les contours des feuilles et des rameaux et participe à l’équilibre entre opacité et transparence.
Notre élément de collier de chien illustre ainsi pleinement la conception novatrice du bijou défendue par Lalique : un objet précieux dans lequel la matière (émail, or et gemmes) est mise au service du dessin et où la nature devient le véritable sujet de la création.
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