Un porte-bonheur devenu objet précieux

« En 1908, Pierre Cartier épouse Elma Rumsey à Saint-Louis dans le Missouri, d'où elle est originaire.

Dans la même ville, au même moment, Florence Pretz, professeur d'art, crée un petit personnage à l'allure débonnaire qu'elle aurait vu dans un rêve. Ce personnage ressemble à un bouddha assis. On l'appelle Billiken. Ce nom viendrait du diminutif « Billy » qu'on donnait au président des États-Unis de l'époque, William Taft. D'autres prétendent que son nom est tiré des vers du poète canadien William Bliss Carman. Le succès que rencontre le petit personnage est immédiat. [...] Évoquant le Hotei, dieu japonais de l'abondance et du contentement avec lequel il est souvent confondu, le Billiken connait aussi un franc succès au pays du soleil levant où il devient le dieu des « choses qui devraient être ». [...] Il faut croire que, durant son séjour à Saint-Louis, Pierre Cartier a eu vent du succès foudroyant du Billiken car dès 1910, le petit personnage apparaît, sculpté dans de l'agate, sur une sorte de perchoir en ivoire auquel il est retenu par une chaînette en or. [...] Cartier le décrit comme le « dieu anglo-saxon du bonheur », dieu qui n'a bien sûr jamais existé. [...]

La bonhommie du petit personnage, son expression fantasque et lutine lui valent le succès.

Nadelhoffer rapporte que la reine Alexandra, épouse du roi Edouard VII, est très contente de son Billiken, tout comme l'est le prince Youssoupov qui en achète un en 1913. [...]

Les Billikens sont surtout fabriqués en agate, parfois agrémentés d'yeux sertis de diamants, et trônent volontiers sur des objets comme des presse-papiers en forme de pyramide à gradins en aventurine, agate ou quartz rose. Sous le petit Billiken spirituel et rieur est gravé le mot « BILLIKEN ».

Répondant à la fois au goût de la Belle Epoque pour les objets hérités du siècle des Lumières et de la mode orientaliste en vogue après 1920, magots, bouddhas et Billikens sont présents dans la production de Cartier tout au long du premier tiers du XXe siècle. [...] Ils continuent longtemps à faire partie du répertoire décoratif de la Maison. »

Olivier Bachet, « Cartier : Objets d'exception »

Une création emblématique de Cartier

Les Billikens de Cartier sont généralement sculptés dans des pierres dures et parfois agrémentés d’yeux en diamant. Cet exemplaire en agate sculptée, aux yeux sertis de diamants taille rose, repose sur une base pyramidale à gradins également habillée d’agate.

Par le raffinement de ses matériaux et la qualité de son exécution, cette œuvre témoigne du savoir-faire de Cartier dans le domaine des objets précieux. Elle reflète également le goût de la Belle Époque pour les objets de curiosité et les figures inspirées d’un Orient rêvé.

Acquis auprès de la Maison Cartier à New York en 1978, cet exemplaire est accompagné d’une lettre d’expertise de l’IAJA datée du 4 juillet 2024. Un modèle comparable est reproduit dans l’ouvrage d’Olivier Bachet, Cartier : Objets d’exception, publié aux Éditions du Palais Royal en 2019.

Vente du 18 novembre 2026

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