« Collectionner, c'est une démarche solitaire et intuitive, entièrement guidée par l'émotion. Tout ce que j'ai acquis, je l'ai mis au mur, chez moi, pour vivre avec. Il n'y a jamais eu la moindre idée de revente ou de constitution d'un stock. L'art, pour moi, c'est le décor de la vie. » 

Nancy Varenne-Brunot, collectionneuse 

Héritage familial, genèse d’une collection

Née dans une famille où l'art et la culture ont toujours occupé une place centrale, Nancy Varenne-Brunot a suivi, dès son plus jeune âge, ses parents dans les musées et les expositions. Dès son enfance, cette amatrice a pu cultiver un amour du beau alors que ses parents eux-mêmes collectionnaient. Ils ont constitué une collection de cent quatre pièces, qu'ils ont finalement données à la ville de Genève. Cet ensemble comprenait en majorité des impressionnistes mais aussi, fait assez inhabituel dans la bourgeoisie genevoise de l’époque, des œuvres contemporaines, dont un Fautrier.  

Nancy Varenne-Brunot, cinq décennies à collectionner

En plus de cinquante ans de collection, Nancy Varenne-Brunot n’exprime aucun regret : « Tout ce que j'ai acheté, c'était pour l'accrocher, pour en faire un compagnon de vie » souligne cette collectionneuse.  

Cette amatrice a toujours suivi son intuition et ses émotions, sans démarche spéculative. Cette liberté s'est exprimée jusque dans les acquisitions les plus audacieuses : une sculpture monumentale de Fan Xiaoyan achetée à Shanghai, dont l'installation à Barbizon nécessita deux grues. Derrière chaque acquisition, François Brunot, son mari disparu, l’a accompagnée et soutenue dans chacun de ses choix et coups de cœurs artistiques. 

Toutes choisies en moins de vingt secondes, par une femme qui a fait du coup de foudre un art de vivre, ces œuvres ont trouvé place sur les murs d'appartements parisiens et de la maison de Barbizon. Certains artistes les ont eux-mêmes installées. 

« La collection de Nancy Varenne-Brunot témoigne d'une curiosité sans frontières stylistiques : du nouveau réalisme d'Arman à la figuration narrative de Gérard Schlosser, de l'abstraction de Jean Fautrier à l'art conceptuel de Raynaud, chaque œuvre suit un fil conducteur : l'émotion immédiate.» 
Ophélie Guillerot, directrice du département Post-war & Art contemporain - Aguttes

Alain Jacquet, Christo et Jeanne-Claude, Jean Fautrier : les œuvres les plus marquantes de la collection Nancy Varenne-Brunot.

La collection Nancy Varenne-Brunot rassemble plusieurs œuvres marquantes sur le plan artistique ou fortes émotionnellement.  

Christo et Jeanne-Claude, un tandem indissociable

Son frère, Daniel Varenne a également joué un rôle déterminant ; galeriste reconnu dans le monde entier, il lui a permis d’exercer son œil très tôt. Parmi les premiers à représenter Christo, il fit découvrir son travail à sa sœur. « Je me souviens avoir vu chez Daniel, dans l'entrée de son appartement, l'un des premiers empaquetages de l'artiste. Une toile sale, informe, faite de papiers et d'emballages. Je lui ai demandé s'il l'avait mise là pour la jeter. Daniel m'a répondu, avec toute sa conviction : « C'est un artiste que je vais représenter. » Il ne se trompait pas. » comme aime à le raconter Nancy Varenne-Brunot, qui acheta par la suite Le Pont Neuf Wrapped, Project for Paris, 1985, Christo & Jeanne-Claude (1935 - 2020 et 1935 - 2009).

Le Déjeuner sur l'herbe de 1964 d’Alain Jacquet

Cette réinterprétation sérigraphique du chef-d'œuvre de Manet, interroge avec malice les codes de la reproduction et du regard. Jalon essentiel de l'art des années soixante, cette édition de 95 exemplaires évoque la frontière entre la grande peinture et la culture de masse. Sur ce diptyque, l'image se dissout dans une trame de points sérigraphiés, convoquant l'univers de la presse illustrée autant que celui du Pop Art américain. L'acrylique et la sérigraphie s'y conjuguent pour questionner la notion d'unicité de l'œuvre et le statut de l'image reproduite. 

Grande Tête Tragique de Jean Fautrier

Avec une Grande Tête Tragique, achetée à Genève sous le seul coup de l'émotion, Jean Fautrier occupe sa place dans cette collection. « J'ai vu cette tête et ça m'a remuée. », comme l’évoque Nancy Varenne-Brunot.  Directement liée à la mémoire de la guerre, cette sculpture constitue le seul achat entièrement solitaire et personnel de la collectionneuse. Exécutée en 1942, en pleine occupation allemande, la Grande tête tragique de Jean Fautrier s'impose comme l'un des témoignages plastiques les plus saisissants de la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. Dans ce bronze, Fautrier distille une humanité meurtrie, réduite à l'essentiel de sa souffrance. Le visage, à peine reconnaissable, semble surgir d'une matière en fusion, comme arraché à la destruction. Les volumes, tout à la fois gonflés et lacérés, préfigurent, de façon troublante, la série des Otages que l'artiste entamera deux ans plus tard. Loin de tout académisme, Fautrier invente, ici, un langage sculptural, où la blessure devient forme, et le silence, expression. Cette œuvre, d'un format intimiste, témoigne du génie singulier d'un artiste inclassable, précurseur de l'Art Informel et figure tutélaire de l'après-guerre européen. 

La Paire de stèles de Jean-Pierre Raynaud

La Paire de stèles de Jean-Pierre Raynaud réunit deux éléments caractéristiques du vocabulaire plastique de l'artiste : la faïence blanche, omniprésente dans son œuvre depuis les années soixante-dix, et l'objet enfermé, mis sous vitrine comme une relique ou une pièce à conviction. Chaque stèle, d’un grand format, enferme dans une boîte de verre un objet soigneusement choisi : un calice étrusque et une boîte de conserve. Entre l'antique et l'industriel, le sacré et le trivial, Raynaud joue sur les registres avec une économie de moyens qui lui est propre. La blancheur immaculée de la céramique neutralise tout affect et confère à l'ensemble une rigueur quasi clinique, proche de l'univers du pot de fleurs rouge qui fit sa notoriété. Ces stèles interrogent le temps, la mémoire et la valeur que nous accordons aux objets, qu'ils viennent de l'Antiquité ou du supermarché. 

C'était pas comme ça, Gérard Schlosser

À la FIAC, Nancy Varenne-Brunot découvre Gérard Schlosser. Des décennies après avoir acquis C'était pas comme ça, 1977, la collectionneuse aime toujours autant cette œuvre et souligne que la cote de cette proue de la figuration narrative connaît aujourd'hui un remarquable regain d'intérêt sur le marché international. 

Record mondial d’une œuvre de la collection Nancy Varenne-Brunot réalisé par Aguttes 

En 2020, Aguttes avait déjà réalisé le record mondial d’Huang Yong Ping, 411 920 € pour une pièce majeure de la collection Nancy Varenne-Brunot : une installation monumentale, cinq tortues en cuivre, dont une grande et un tortillon. L'artiste l’avait, lui-même, installée dans l’appartement de la collectionneuse, veillant avec soin à l'orientation exacte de chaque élément. Une œuvre vécue, habitée, qui avait confirmé l'exceptionnelle acuité du regard de Nancy Varenne-Brunot.  

« Vivre entourée de belles choses que l'on a choisies soi-même, voir que ces choix sont aujourd'hui reconnus et estimés, c'est une source de fierté profonde. Mes amis n'ont pas collectionné comme je l'ai fait. Certains ont hérité d'œuvres, mais ils ne se sont pas lancés dans cette aventure personnelle, instinctive, parfois un peu folle. Et puis il y avait aussi les objets : chez les antiquaires, avec François, c'était la même chose. Instinctif, immédiat, aussi bien pour un meuble que pour une toile. »
Nancy Varenne-Brunot, collectionneuse

Prochaine vente Post-war & Art contemporain

Vente aux enchères
Mardi 27 octobre, à 15h

Exposition publique
Vendredi 23 octobre : 10h30 - 13h et 14h - 16h
Lundi 26 octobre : 10h30 - 13h et 14h - 16h
Mardi 27 octobre : 10h30 - 13h
Sur rendez-vous en dehors de ces horaires

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