Le jade est la gemme la plus importante de la civilisation chinoise. Pierre d’immortalité, il fait le lien entre les mondes céleste et terrestre, à la fois médium rituel mais également symbole de pouvoir et de prestige. Ainsi, le caractère désignant le jade ( 玉 ) est très semblable à celui du roi ( 王 ). Les trois lignes horizontales symbolisent le ciel, le souverain et la terre, reliés par un trait vertical. Le jade est l’incarnation minérale de la majesté du « Fils du Ciel ».

Apprécié pour sa rareté, sa dureté et sa beauté, le jade est utilisé dès la période Néolithique, notamment dans les tombes des cultures de Hongshang et Liangzhu, travaillé sous la forme d’objets et ornements rituels. A l’époque des Royaumes combattants (481-221 av. J.-C.), il est même consommé par les élites chinoises qui espéraient atteindre la vie éternelle. Cette croyance viendrait de la pratique décrite dans certains livres canoniques : les Immortels s’abreuvent du jade liquide ou « liqueur d’immortalité ».

Sous les dynasties suivantes, le goût pour les objets usuels en jade se développe petit à petit, et on assiste à une diversification de la production vers le domaine des arts décoratifs, notamment pour les objets de lettrés : porte-pinceaux, vases et godets à eau, rince-pinceaux, appuie-bras… Le style archaïsant, inspiré des modèles de l’Antiquité, cohabite harmonieusement avec les goûts artistiques propres à chaque dynastie. Les artistes laissent plus de place à leur créativité, innovant dans la création de pièces d’exception, et repoussant sans cesse les limites techniques car le travail du jade est laborieux et délicat. Les artisans le façonnent avec une corde et un abrasif, avant qu’il soit sculpté et poli. Le thème de la pièce est choisi en fonction de l’apparence de la pierre afin d’obtenir une couleur et un éclat d’exception. L’art lapidaire connaît son apogée sous la dynastie Qing, grâce à des avancées techniques mais également sous l’impulsion de l’empereur Qianlong, grand collectionneur de jades anciens, fasciné par ce matériau.

Notre paire de vases en jade céladon témoigne de la virtuosité des artisans lapidaires chinois. Chaque élément est finement sculpté pour mettre en valeur les qualités de la pierre. Leur décor mêle habilement style archaïsant, iconographie bouddhique et thèmes lettrés inspirés de la nature.


Chine, Dynastie Qing, XIXe Siècle
Rare et importante paire de vases couverts en jade néphrite céladon, de forme allongée s'évasant jusqu'à l'épaulement, le pied à l'imitation d'un socle quadripode à décor de rinceaux et têtes de ruyi.
La base ornée de figures en relief représentant trois canards mandarins s'ébattant parmi les lotus et les tiges de millet.
Le corps décoré d'un dense réseau de rinceaux floraux entrelacés, et au centre duquel trônent des figures de bodhisattvas, assis sur des nuées, parés de bijoux et rubans flottants, les mains exécutant différentes mudras ou tenant des attributs variés.
L'épaule marquée et flanquée de deux anses en forme de tiges de chrysanthèmes épanouies retenant des anneaux mobiles. Le couvercle sculpté de rinceaux de fleurettes, la prise délicatement évidée.
H. tot. 24 cm

Prochaine vente : 
Le 27 septembre 2023

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